Interview de H-Magnum par Fraiche Musique

HMagnum lors de notre interview

Prise lors de notre interview avec H Magnum

H-Magnum nous a invité chez Loudschool Production pour parler de son parcours, sa musique, ses collaborations et son évolution artistique. Une interview honnête et réel, à lire sans modération, surtout pour son discours à propos des clashs dans le milieu du rap français !

1. D’où vient le nom H Magnum ? Qu’est-ce qu’il signifie ?

Il signifie le sucré et le salé en même temps. H pour la douceur et Magnum pour la dureté. C’est ma couleur musicale, autant je peux être dur, autant je peux être doux.

2. Tu as passé la première moitié de ton enfance en Côte d’Ivoire, puis la deuxième dans le 20ième arrondissement de Paris : Comment cela a t’il influencé ta vie et ta musique ?

En effet, ça m’a beaucoup influencé dans le sens où dans ma musique on peut retrouver des mélodies qui ont des sonorités africaines. Il y a aussi le fait que je fasse du rap français pur jus, du rap parisien. Ce sont ces deux univers qui font ma musique et je me nourris de ces deux univers, la musique africaine et la musique française. Quand je dis française, j’englobe variété hip-hop, R’N’B, occidental, etc…

3. Comment as-tu débuté dans le rap ?

En fait, j’ai débuté par accident. J’écoutais du rap et je rappais les textes des artistes que j’aimais, petit à petit comme ça. Comme c’était la musique qu’on écoutait, la musique la plus proche de nous, j’ai commencé à écrire avec des potes pour déconner, faire quelques rimes. Après j’ai pris goût et j’ai continué. En fait, c’est comme faire du foot, aujourd’hui partout les jeunes font du foot, du rap mais il n’y a pas de commencement, il n’y a pas de jour J. On a des potes qui rappent, on rigole avec eux et après on se prend au jeu.

4. Peux-tu nous parler de tes expériences avec les deux groupes L’Aconit et L’Injection Lyricale ?

Aconit c’était 3 potes, on était dans le même collège, on a commencé comme ça. On côtoyait des gens qui rappait dans notre quartier. Petit à petit, on s’est mis dedans et on a formé notre petit groupe l’Aconit. On a sorti un petit projet avec les subventions de la mairie de quartier et on s’est investi un peu plus dans le rap. Au fur et à mesure, j’ai rencontré Injection lyricale, un groupe du 93 mais j’ai pas quitté pour autant mon premier groupe. Je faisais le pont entre les deux, c’était juste deux musiques différents. Dans Aconit il n’y avait que des rebeux, et dans Injection lyricale il n’y avait que des renois. C’était deux univers différents et c’est ça qui m’a plu.

5. Et comment les as-tu rencontré ?

Pour Injection lyricale, je les ai rencontré via un pote qui s’appelait Alien D., qui faisait des freestyles avec moi. Il m’a dit que son grand frère s’occupait d’un groupe dans le 93 aux Courtilières (une Cité de Pantin en Seine Saint-Denis ). Je les ai rencontré, on a fait quelques sons ensemble et après je suis rentré dans le groupe mais comme la musique était différente ça collait bien et ça m’arrangeait parce que je suis un féru de travail.

6. Comment s’est passé la transition de groupe à artiste solo ?

Ça s’est fait naturellement parce j’avais déjà deux groupes et il y avait aussi Sexion d’assaut avec qui je travaillais, entre autres. Je me suis mis à écrire un album qui s’appelait «Le Plafond de verre» pour parler des thèmes sociaux et donc j’ai commencé comme ça, à travailler mes premiers textes solos. J’ai fait au feeling et j’ai continué. Après j’étais toujours avec mes groupes même si je faisais aussi mon album. Puis il y en a qui ont arrêté les choses de la vie mais moi, comme je suis un têtu j’ai continué.

La derniere collaboration de H Magnum et Sexion d’Assaut, Excellent

7. En quoi travailler aux cotés du groupe Sexion D’Assaut a-t-il changé ta carrière ?

J’ai rencontré l’un des membres du groupe Sexion d’assaut qui a emménagé dans mon quartier mais c’était pas encore Sexion d’assaut et on est devenus amis. Il m’a dit qu’il rappait et puis le jour il m’a posé un texte, j’étais impressionné, je me suis dit «Ah mais c’est un vrai rappeur ». Il m’a dit qu’il avait un groupe dans le 9ième arrondissement et après il m’a présenté aux autres. Ensuite on a cheminé ensemble, c’est comme ça qu’est né notre collaboration petit à petit et jusqu’à aujourd’hui on chemine ensemble.

8. Quels sont tes influences de musique, française, africaine ou d’ailleurs ?

Dans mon bled, ce sont des groupes qui font du zouglou, un genre musical populaire et urbain né en Côte d’Ivoire qui relate les réalités sociales diverses vécues par la jeunesse ivoirienne. J’aime bien des artistes comme Petit Yodé ou Espoirs 2000. On raconte la misère mais elle est dansante. J’ai ça aussi dans ma musique, malgré le fait que je parle de la dureté, je la fait groover, j’aime la rendre dansante. Pour moi, t’es pas obligé de faire un sujet triste sur un son triste et un sujet gai sur un son gai. Ça c’est le coté zouglou, c’est des sujets tristes mais c’est des sons qui bougent, des belles mélodies joyeuses mais avec des mots forts.

Ici, il y a des groupes comme NTM, IAM avec notamment l’École du micro d’argent, des artistes comme Lunatic aussi . Il y a aussi des américains comme Busta, Snoop, Tupac, Biggie, Dr. Dre… Il y a tout ça, en vrai je suis pas dingue de rap américain, je suis juste dingue de la bonne musique. Quand je cherche les sons, je cherche un son qui est lourd, je cherche pas forcement un artiste, j’ai pas d’artiste fétiche. Je sais que je me suis pris une grosse tarte avec le premier album de 50 Cent car c’était la première fois qu’un gangster faisait des refrains avec des mélodies mais qui restaient gangster, c’était pas des mélodies de variété. C’étaient des mélodies qui étaient populaires mais elles allaient avec le fait que le rap soit « thug ». C’était pas forcement que tu fais des mélodies mais tu fais un peu de variété pour que ton son passe. C’est tellement beau, c’est tellement bien fait que ça passe, c’est ce rap là que j’aime. J’aime pas transformer mon rap, j’ai grandi dans la rue, je suis pas enfant de maison, j’ai toujours trainé dehors et c’est cette musique là que je fais et je veux qu’elle ait cette odeur là.

9. Comment choisis-tu la prod d’une chanson ?

Au feeling, je demande des prods et les producteurs me les envoie et après j’écoute. Celles qui me parlent, je vais commencer à travailler dessus, je travaille à l’inspiration. J’arrive pas à travailler à la commande, j’aime prendre plaisir à écrire. Il y a des prods par exemple je me pose dessus 3, 4 mois après car au début elle me parlait pas, et 3, 4 mois après je suis plus inspiré. Par exemple , il y a des prods quelques mois avant je trouvais qu’elles étaient belles mais j’avais rien dessus et des fois je laisse trainer des prods. J’aime beaucoup travailler à l’inspiration.

10. Et comment écrit-tu les paroles, spontanément ou en avance ? Avant d’avoir choisi d’un beat ou après?

Sur le beat, après avoir choisi le beat, ma voix je l’utilise comme un instrument. C’est à dire que la façon dont je vais, le flow que je veux prendre, il faut qu’il colle avec la gamme de la prod. Si la gamme est haute, je vais être haut, si la gamme est basse, je vais être bas. Je peux aussi faire exprès d’être haut si la gamme est basse parce que je sais que ca va donner quelque chose d’intéressant. C’est pas au hasard, j’écris pas des trucs dans ma chambre et après je viens et il y a la prod et j’essaye de me caler dessus. Non, je vais tout prendre en compte, le piano tout et c’est ce qui fait que je saurais si je ferais un refrain chanté ou un refrain rap. Je préfère écrire sur la prod, c’est plus agréable. Après il y a aussi des choses de la vie de tous les jours qui vont être des «punch» et que je vais essayer de caler. Après écrire tout un texte hors beat non, j’aime faire des cabrioles dans les prods donc c’est vraiment un travail d’orfèvre.

Photo promo

H Magnum : « J’en ai perdu en chemin, morts violentes, armes à feu tout ça. Ce morceau s’inspire de deux petits et un grand qui se sont faits tuer. Dans mon quartier, il y a eu six morts par armes à feu en l’espace de deux ans, dont un qui s’est fait tuer par son propre ami, son pote, son associé. Il s’est fait tuer devant tout le monde, en pleine rue à 11h du matin. »

Je m’inspire de tout. C’est vrai que je suis un peu politisé dans mon rap, il y a beaucoup de thèmes sociaux dans mon rap issus du milieu dont je viens. J’aime beaucoup le rap d’egotrip, le rap démonstratif et raconter des histoires d’amour qui finissent mal.

12. Tu as pu collaborer avec un tas d’artistes divers, dont Kery James, Intouchables, Diam’s, Alibi Montana, Sexion D’Assaut, Kenza Farah et dernièrement Maitre Gims, parmi d’autres. Comment ce sont faites ces rencontres ? Y’a t’il une collaboration qui a été particulièrement touchante pour toi ?

Ce sont des rencontres en studio avec des gens qui me présentent. La collaboration avec Kenza Farah par exemple, j’avais un morceau et j’entendais sa voix dessus en fait et je voulais que ça soit elle qui fasse le refrain. J’ai fait le morceau, j’ai laissé la partie pour le refrain, je lui ai fait écouté et ça lui a parlé. Elle était en studio et elle a fait le refrain au feeling et ça donne un morceau merveilleux qui s’appelle «Une larme».

Avec mon groupe, l’Injection lyricale, on a rencontré Kery James et on a fait un petit morceau ensemble, mais ça n’est pas allé plus loin. Avec Sexion d’assaut, c’est même plus des collaborateurs, c’est la famille, on rappe, on fait des sons mais on les fait pas pour les sortir, on kiffe. Il y en a qui sortent mais il y en a aussi qui sortiront jamais tellement il y en a. Voilà mais maintenant en ce qui est H Magnum, Sexion d’assaut a déjà prouvé et continuer de prouver. Moi je suis artiste solo et je veux montrer mon univers.

13. Justement, les paroles et le thème du track « Une Larme » avec Kenza Farah nous a marqué. La chanson était inspiré par des vraies pertes d’amis ?

Oui bien sûr parce que dans mon parcours il y en a ça. J’en ai perdu en chemin, morts violentes, armes à feu tout ça. Ce morceau s’inspire de deux petits et un grand qui se sont faits tuer. Dans mon quartier, il y a eu six morts par armes à feu en l’espace de deux ans, dont un qui s’est fait tuer par son propre ami, son pote, son associé. Il s’est fait tuer devant tout le monde, en pleine rue à 11h du matin. Alors quand j’ai entendu l’instru, j’ai pensé à ça. C’est un hommage à tous partis comme ça que j’ai rencontré sur mon parcours et il y en a plein.

H Magnum feat Kenza Farah – Une larme

14. Au contraire, le clip du single « Fin de dream » avec Maître Gims en feat démontre un nouveau style ?

«Fin de dream » avec Maître Gims, c’est une menace, c’est du rap gang, du rap démonstratif qui impressionne, c’est les hommes qui bombent le torse. C’est comme ça l’instru elle est guerrier, les flow sont guerriers. Moi je vois le rap comme la vie, des fois ça va être la lutte entre hommes parce qu’on a besoin de se prouver quelque chose, d’autres on va être doux, triste, joyeux. Sur « Fin de dream » j’ai envoyé deux titres agressifs. Ça fait partie du jeu, ça veut dire j’arrive.

« Fin de Dream » c’est aussi pour dire qu’il y a un nouveau MC qui est là, un nouvel artiste qui arrive. « Fin de Dream » ça veut dire aussi la fin du rêve. Pour les autres, ça veut dire que je suis pas venu en touriste, d’être une épine dans votre pied, d’être un rappeur qui innove, qui bouscule le game.

H Magnum feat Maitre Gims – Fin de dream

15. Quels artistes écoutes-tu en ce moment ?

En ce moment j’écoute Future, c’est un rappeur américain qui fait du hip-hop avec des mélodies. Moi j’aime beaucoup, j’aime le rap avec des belles mélodies mais faut que ça soit viril, j’aime pas les mecs qui chantent comme des meufs.

16. Quelles seraient tes collaborations de rêve ?

Soprano, j’aimerai faire un bon morceau bien violent, car j’aime prendre des gens qui ont une image lisse et montrer leur coté hard. Des artistes comme La Fouine, et après les autres pour moi, ils prennent pas assez de risques.

17. Que penses tu des clashs récentes dans le milieu du rap français ?

Tant que ça reste mots, des piques, ça va. Après quand il y a des noms qui sortent non, des pères, des mères, c’est mal surtout venant des gens de la trentaine qui sont censés être au dessus de la masse et qui font de la musique pour les plus petits qui font pas la part des choses. En plus on est des artistes et voilà, c’est soit on est des artistes, soit on est des voyous. On n’est pas là pour être des artistes voyous. Après, il faut pas s’étonner qu’on nous stigmatise.

On peut pas dire que moi, je m’en fiche de l’exemple que je donne mais il faut arrêter car l’influence, ça existe. Certaines personnes peuvent être influencées par ce que tu envoies et je trouve que c’est un mauvais signal parce qu’en fait personne n’est plus fou que l’autre. Parce que la personne la plus déterminée, c’est elle qui peut faire le plus de mal et comme dit une phrase, les grands sont responsables de la violence qu’ils déclenchent mais les petits sont pas innocents de la continuer. Et puis pour les adultes c’est pas l’endroit pour la montrer, cette violence.

Fin de dream photo H Magnum

H Magnum : Quand il y a des noms qui sortent non, des pères, des mères, c’est mal surtout venant des gens de la trentaine qui sont censés être au dessus de la masse et qui font de la musique pour les plus petits qui font pas la part des choses. En plus on est des artistes et voilà, c’est soit on est des artistes, soit on est des voyous. On n’est pas là pour être des artistes voyous. Après, il faut pas s’étonner qu’on nous stigmatise.

J’ai fait la première partie d’Akon à Paris. J’ai fait aussi la première partie de Sexion d’Assaut à Lyon et c’était trop fort, le public lyonnais, il est fou. Cette expérience, c’était quelque chose que j’avais encore jamais vécu sur scène. Et là je me suis aussi dit peut-être qu’un jour, moi aussi j’aurais tout ce public à rien que pour moi.

19. Si tu devais choisir entre les deux, et pourquoi ?

RnB ou Electro ? Je préfère le RnB même si maintenant les deux se mélangent.

Booba ou Rohff ? En fait les fans de Booba écoutent aussi Rohff. Moi, je suis fan de Booba et j’écoute Rohff. J’aime le rap et pourtant j’écoute Booba.

Booba ou La Fouine ? La Fouine, c’est différent. C’est un artiste, il peut faire une guitare voix. Il rappe avec son cœur. Booba c’est autre chose. En fait les personnes qui aiment Booba aiment Rohff et aiment forcement La Fouine. C’est des publics qui sont connectés. Après moi je préfère les choix d’instru de Booba mais les thèmes de Rohff car ils sont plus touchants. Booba, lui, il rappe comme un joueur de foot qui joue mais il est trop fort, La Fouine c’est un mec qui donne le sourire. En vrai, je suis pas cloisonné.

Kery James ou Medine ? Avant j’étais plus Kery James, maintenant je suis plus les deux.

Lil Wayne ou Eminem ? Je vais choisir Lil Wayne car je pense qu’il prend plus de risques qu’Eminem. Si on reprend tous leurs albums sur un plan artistique, Lil Wayne t’étonneras plus qu’Eminem. Eminem il a un genre unique, son flow tu l’as déjà entendu quelque part mais c’est un génie, tu peut pas tester. Lil Wayne, il est un peu comme La Fouine, il est unique.

Drake ou Chris Brown ? Chris Brown

Beyonce ou Rihanna ? Beyoncé

Kenza Farah ou Lea Castel ? Kenza Farah

La France ou La Cote d’Ivoire ? La Cote d’Ivoire

Vin ou bière ? Jus de raisin

Facebook ou Twitter ? Twitter

Travail en équipe ou solo ? Travail en équipe, c’est plus sympa

Dream ou Fin de Dream ? Fin de Dream

Le dernier clip de H-Magnum, L’appât du gain.

20. La prochaine étape pour H Magnum ?

Gotham City, ce que je suis en train de préparer.

H Magnum - Fin de dream

La pochette du nouvel album de H-Magnum, Fin de Dream

Interview réalisée par Vanessa Saksik et Aaron Phillips
Crédits photos : Agence Rise Up
Remerciements à H-Magnum et Agence Rise Up

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