Interview de Midnight Run par Fraichemusique

Le rappeur et l'artiste Midnight Run

Midnight Run lors de notre rencontre à l’Agence Ephelide

Interview réalisée par Vanessa Saksik et Aaron Phillips
Crédits photos : Vanessa Saksik
Remerciements : Midnight Run et l’Agence Ephelide

« Le rap m‘a marqué très jeune et m’a accompagné pendant toute ma vie, des artistes comme Run DMC, Nas, Les Sages Poètes de la Rue ou A Tribe Called Quest m’ont beaucoup influencé »

1- D’où vient le nom Midnight Run ? Quel rapport a-t-il avec le film ?

«Midnight Run» est un film que j’adore (sorti en 1988). J ‘ai beaucoup aimé ce film donc ça m’est resté un peu dans la tête et quand il fallu que je choisisse un nom d’artiste, j’ai aussi pensé à ce nom car je travaille beaucoup la nuit qui est un moment où je suis un peu plus créatif. J’ai toujours bossé la nuit, surtout la musique. Run parce qu’il y a Run D.M.C qui a été un groupe, marquant, un pivot un nouveau souffle dans le rap à une certaine époque. C’est un groupe qui m’avait pas mal marqué. Il y a aussi un album « Midnight Marauders» (1993) du groupe A Tribe Called Quest qui est l’un de mes albums préférés. En fait, ce nom m’est venu assez instinctivement et je trouve que ça me va bien.

2 – Où as-tu grandi exactement ? Et retournes-tu souvent aux States ?

Moi j’ai grandi en France, dans une famille d’origine indienne donc complètement anglophone et avec un père qui très, très jeune est parti aux États-Unis pour faire le métier qu’il a fait toute sa vie qui est éditeur de bandes dessinées de Comics américains. Il a vraiment vécu entre la France et les États-Unis, ce qui fait que j’ai eu eu accès à la pop culture américaine très tôt dans ma vie et c’est çà qui m’a marqué, qui m’a forgé. Je suis aussi très souvent aux États-Unis, au moins une ou deux fois par an.

« En général, quand je compose titre, ça va assez vite »

3 – Peux-tu nous parler de ton parcours. Ta biographie liste « graphiste, photographe, designer et réalisateur entre autres » comme métier, pourquoi et comment es-tu devenu rappeur ?

J’ai pas spécialement choisi de devenir rappeur. En fait, toutes les activités que je fais n’ont pas vraiment été des choix. Ça a plutôt était de décider ce que je faisais et ce que je faisais pas car il y avait beaucoup de choses qui m’ont intéressé et qui m’intéresse toujours, en fait je suis assez gourmand de nouvelles expériences.

Par contre, le rap ça a toujours été quelque chose qui m’intéressait. A partir du moment où j’ai entendu mon premier morceau de rap, ça devait être un grand Master Flash à l’époque, je pense que ça m’a marqué au fer et depuis ça ne m’a jamais quitté. Après d’être totalement passionné à acteur, c’était aussi sauter un pas donc très rapidement quand j’ai pu, j’ai acheté un sampler et j’ai commencé à faire du son. Le rap, c’est vraiment quelque chose qui m’a accompagné pendant toute ma vie. Concernant les autres activités, mon métier c’est d’être graphiste designer et c’est aussi quelque chose qui me passionne. En fait, je m’intéresse beaucoup à l’image. J’ai une une formation de réalisateur et j’ai fait pas mal d’expos, de photos. En gros, c’est l’image et le hip-hop, avec un espèce de fil rouge de tout ça.

4 – Comment as-tu rencontré Zoxea des Sages Poètes et les autres du milieu ?

Zoxea est le membre le plus jeune des Sages Poètes de la Rue mais moi j’ai l’âge de son grand frère Melopheelo et de Dany Dan, le 3éme membre du groupe. Je les ai rencontré au lycée à Boulogne et forcément à partir du moment où il y a des gens qui se croisent et qui partagent des centres d’intérêts aussi importants que le rap, tout de suite ça connecte. On est devenus très amis, très vite et on a grandi artistiquement ensemble, j’ai toutes leurs pochettes de disques, c’est une belle amitié qui dure depuis presque plus 20 ans maintenant.

« Mon père était éditeur de Comics, alors très tôt, j’ai eu eu accès à la pop culture américaine et ça m’a forgé, quand il faut que je me surpasse, et que je monte sur scène, c’est ces icônes là que j’ai en tête »

5 – Peux-tu nous parler de ta façon de composer et d’écrire. Comment construis-tu les paroles d’une chanson ?

La façon dont je compose et j’écris un titre, elle est souvent assez instinctive, ça va assez vite. C’est à dire qu’un morceau, quand je me mets sur mon sampler, il peut y avoir une base qui est une idée de thème ou un son que j’ai entendu qui me parle et sur lequel je vais bâtir tout le reste. L’étincelle peut venir de plusieurs façons différentes mais en tout cas ça va très vite. Généralement, quand je mets à composer un morceau et qu’au bout de deux heures, il a pas d’allure et qu’il ne se tient pas, c’est que ça va être un peu laborieux et que c’est peut-être pas la peine de continuer. En tout cas, les meilleurs morceaux que j’ai fait c’est des morceaux que j’ai commencé à construire très vite. Une fois que le son est dans la machine et qu’il tourne, je le laisse tourner un petit peu et puis il y a des mots qui viennent et je commence à écrire et ça aussi, ça va assez vite quand c’est fluide et que ça marche bien. Des fois quand j’ai pas écrit depuis longtemps, c’est un peu plus laborieux mais dés qu’on commence à s’y mettre, ça vient facilement.

6 – Comment choisis-tu tes prods, et le fais-tu avant ou après l’écriture des paroles ?

Toujours avant, je fais toujours le son avant d’écrire, c’est très rare que ce soit après. Avant j’écrivais des paroles des choses comme ça car au début quand j’étais avec «Les Sages Poètes de la Rue», on se faisait un peu des défis où il fallait toujours avoir un petit set mesure en tête et en stock pour faire des petites joutes verbales et donc il fallait toujours avec des petits textes comme ça assez cool. Il y a peut-être quelques trucs comme ça que j’ai pu écrire à blanc qui ont pu se retrouver sur des instrumentaux mais globalement ma façon de travailler maintenant, c’est un instrumental et puis et c’est ce groove là qui va apporter un texte.

7 – Qu’est-ce qui t’inspires en termes de thèmes et sujets de chanson ?

Il y a beaucoup d’egotrip dans mes chansons parce que c’est une dimension du hip-hop qui est très importante. C’est un moment où quelqu’un qui peut être un petit peu discret dans la vie, tout d’un coup peut éclater et se vanter énormément. Je trouve que c’est assez marrant car c’est une partie du rap qui est incontournable et très satisfaisante à la fois. Il y a des chansons où on se vante beaucoup et c’est bien, d’essayer de trouver des façons de dire les choses, trouver des bonnes phrases pour pouvoir se la raconter un peu parce que c’est vraiment très plaisant. Sinon,moi j’aborde aussi beaucoup de thèmes très personnels, je parle de ma famille, de mon fils, de ma femme dans certains morceaux qui sont un peu plus persos.

«Avec les Sages Poètes de la rue, c’est une belle amitié qui dure depuis 20 ans

Il y a aussi pas mal de choses sur le côté un peu bataille dans le rap, qui est aussi une composante du hip-hop, qui est le fait que quand on prend un micro, on se frotte un petit peu aux autres. on essaye de monter le niveau sans pour autant rabaisser tout le monde. Et voilà on essaye de faire sa place et pour faire ça, il faut forcement aller un peu au combat, puis c’est une mise en danger de toute façon. Je crois que dans la forme du hip-hop artistiquement, dans la performance, il y a une mise en danger qu’il n’y a peut-être pas dans certains autres genres musicaux. Dans la pop par exemple, il n’y a pas cette dimension de bataille.

Dans le rap, il y a ce coté un peu belliqueux par essence parce que la genèse du rap s’est faite dans des fêtes où il fallait un peu se clasher avec d’autres personnes, donc ça aussi je l’aborde pas mal. Il y a beaucoup d’écriture automatique aussi dans le rap, c’est ce qu’on appelle le freestyle où on passe

8 – On t’a déjà dit qu’il y avait assez de morceaux sur tes deux EP pour en faire un album. Finalement pourquoi t’as fait le choix de sortir deux EP’s plutôt qu’un album ?

Parce qu’il y vraiment deux univers musicaux qui sont vraiment très distincts. Il y a le premier «The Midnight E.P» qui regroupe pas mal d’instrumentaux, exclusivement des instrumentaux que j’ai fait dans les années 90 (1996/1998) que j’ai pas touché depuis et qui sont tels qui ont été composés à l’époque.

Les années 90, sont considérées par beaucoup comme l’âge d’or du rap, beaucoup de gens pensent que c’était période la plus prolifique et la moins pervertie. Je fais partie de ces gens et même s’il y a énormément de choses que j’adore, j’ai du mettre des filtres et être beaucoup plus sélectif dans les choses que j’écoute depuis, alors qu’à l’époque j’avais une vraie productivité très, très intensive et en flux tendu. Il pouvait y avoir 10 bons albums qui sortaient par mois à l’époque. Ce premier univers avec « Midnight EP », il est très caractéristique d’une période.

Ensuite, il y a des morceaux que j’ai fait entre 2004 et 2007 qui sont sur le second EP«The Last EP» et qui sont tout aussi hip-hop et qui auraient très bien pu se marier avec les titres du premier mais j’avais envie de les distinguer parce que pour moi ils ont vraiment une couleur différente. Je voulais aussi faire deux EP’s parce que c’est un format qui me plaît beaucoup. Il y a des E.P’s très marquants dans le rap comme ceux de Pete Rock et CL Smooth par exemple et Bit-Max aussi avait sorti un E.P génial. C’est un format où il n’y a que du bon , ça permet de dire des choses dans un format assez court et ça me plait bien.

9 – Les paroles de la chanson «Définition » nous ont marqué, est-ce que c’est une définition de toi en tant qu’artiste, ou du genre hip-hop en général ?

C’est un peu les deux, c’est mon point de vue. C’est pas une définition du hip-hop, c’est une définition de ce qu’il faut faire pour faire un titre classique en fait. Quand on a une rythmique à un beat solide et que derrière on a les « beats », les «ryhmes » les «skills» qui sont des techniques vocales et les «wheels» (ou wheels of steel) qui sont les platines, quand on a tout ça et qu’on a une belle alchimie entre tous ces éléments, généralement, c’est ce qu’il faut pour faire un classique du genre . Sans avoir la prétention d’en faire un, j’ai voulu juste le raconter avec ce titre. Ça dit aussi quelque chose sur moi qui est que je m’attache à ces choses là qui sont des piliers et des fondements du hip-hop donc, ça veut dire que je m’attache aux choses importantes et que j’essaye de les décrypter.

« Dire que le rap est mort, c’est faux, il se transforme, il subit des cycles et je pense que le rap trouvera toujours son équilibre »

10- On voit souvent la forme de diamant sur tes fringues et sur les pochettes de tes EP’s, est-ce que c’est un symbole particulier pour toi ?

En fait, c’est le contour du logo de Superman. Mon père est éditeur de bandes dessinées, j’ai vécu avec les super héros depuis ma plus tendre enfance, j’ai grandi avec cette pop culture là alors c’est un peu ma mythologie donc forcement je m’identifie à ça. Quand il faut que je me surpasse, que je devienne un artiste et que je monte sur scène, c’est ces icônes là que j’ai en tête et j’ai choisi le symbole de Superman sans le S à l’intérieur.

11- Quels sont tes influences du rap américain ? Et du rap français ?

Il y en a énormément, il y a un morceau à la fin du premier EP, « The Midnight EP » qui s’appelle « Alphabetical » et qui est une longue liste de tous les groupes qui m’ont influencé. Je peut en citer quelques uns, notamment A Tribe Call Quest, Nas qui est pour moi le plus grand rappeur de tous les temps, les Beatnuts aussi pour la production, il y a D.J Premier Gang Star, les premiers Run DMC aussi m’ont beaucoup marqué.

Je pense également à Ice-T qui est un rappeur de la côte ouest qui a été l’une de mes premières idoles à l’époque de son deuxième album « Power » et puis plein d’autres. En France, il y a des gens que j’apprécie énormément, alors évidement je vais citer les amis, non pas parce que c’est des amis mais parce que je pense que c’est les meilleurs Les Sages Poètes de la Rue , Zoxea.

Orel San, je peut pas dire que je l’écoute beaucoup mais j’aime bien sa sincérité. Il y a aussi un groupe qui s’appelle Klub des Loosers et un rappeur qui s’appelle Fuzati qui est absolument brillant qui est incroyable . Il a un univers génial.

12 – Un débat circule assez souvent ces derniers années sur le rap, à ton avis, est-il mort ? Quelle vision as-tu pour le futur du genre ?

Je pense que quelqu’un qui dit que le rap est mort, ça fait vraiment vieux con . Même moi qui est nostalgique et qui pense que le meilleur était avant , je trouve que dire que le rap est mort aujourd’hui c’est pas vrai car le rap est passé au centre de la culture pop au monde. C’est à dire que c’est la forme musicale qui rapporte le plus d’argent et qui est devenue centrale, donc dire qu’il est mort, non, il s’est transformé, il va jamais mourir il va peut être subir des cycles.

Pour son futur, en fait, on a déjà vécu des cycles comme ça, à New-York où on est passé d’une forme assez pure, pas commerciale, pas très parasitée par le business à tout d’un coup des gens comme Puff Daddy qui ont un peu popisé le rap, qui l’ont amené sur les ondes en nettoyant un peu le son et les clips, et puis tout d’un coup il y a «Wu Tang Clan» qui est arrivé avec un son complément crado, avec un concept vraiment hardcore et dur et qui a ramené vraiment le rap dans la rue. A chaque fois qu’il y un excès d’un coté, il y a toujours un équilibre qui se fait de l’autre et je pense que le rap trouvera toujours son équilibre et il y en aura toujours pour tous les goûts. Il sera dans les clubs, il sera forcement toujours sur les ondes et puis il faut que tout le monde y trouve son compte. Moi-même, même s’il y a des choses qui sont difficiles à écouter pour moi, j’ai toujours trouvé des choses que j’aimais beaucoup.

13 – Quels artistes écoutes-tu en ce moment ?

En ce moment j’écoute beaucoup Nas car il a sorti un nouvel album qui est vraiment bien et du coup je suis replongé dans tout le reste. Je fonctionne pas mal par artiste, là je viens de me réécouter tout Eminem dans la voiture. Il y a des gens comme The Roots, Common qui sont des groupes et des artistes qui m’ont jamais déçu et qui ont beaucoup évolué, qui ont sorti énormément d’albums, toujours en se renouvelant et en faisant quelque chose d’intéressant. Là, en ce moment, il y a un artiste que je viens de découvrir qui s’appelle O.C. (Omar Credle, un rappeur américain originaire de Brooklyn ) qui vient de faire un album avec Apollo Brown, un producteur de Detroit. Cet album qui s’appelle«Trophies» est génial et il y a aussi M. Zym qui a fait une reprise de l’album«Illmatic» de Nas, en reprenant un peu les instruments, en les rejouant en live et en refaisant les raccourcis, c’est un album que j’adore.

14 – Avec quels artistes (français et/ou anglophones) rêverais tu de collaborer ?

Les artistes avec qui je rêverais de collaborer, ce serait une erreur car ils me défonceraient et c’est peut- être pas une bonne idée. Moi je pense que quand on collabore avec un artiste, il faut quand même qu’il y ait un niveau égal, alors c’est pas pour me rabaisser parce que Midnight Run ne serait pas d’accord avec ça, mais les gens avec qui j’aurai le plus envie de travailler, je pense que ce ne serait pas une bonne idée que j’aille faire un titre avec eux. C’est déjà arrivé que des rappeurs pas de même niveau, se frottent ensemble sur un même titre et ça peut être un peu désastreux. Après tous les gens que j’ai cité précédemment, Les Roots, Common et Nas, c’est des gens que j’admire, de là, Le faire un titre avec eux, je ne sais pas.

15 – Pour finir, on va faire un petit jeu/quizz, tu vas me dire qui (ou quoi) tu choisirais entre les deux et pourquoi ?

Booba ou Rohff ? Booba parce que c’est la famille il vient de Boulogne, on était un peu dans le même crew au début, je suis admiratif de sa carrière et en plus je suis pas surpris car c’est quelqu’un qui très très jeune savait où il allait et je suis pas du tout surpris qu’il y soit arrivé sans problème.

Kery James ou Medine ? Kerry James parce que je respecte le bonhomme

Lil Wayne ou Fifty Cent? Fifty Cent mais plutôt le Fifty d’avant quand il était mort de faim et qui’il a sorti un album qui s’appelait «How to rob» (comment voler) et là il braquait tout le hip-hop.

Beyonce ou Rihanna ? Beyoncé

Bruce Willis ou Wesley Snipes (hommage a ta chanson eponyme) ? Bruce Willis car Wesley Snipes c’est un bouffon…non c’est une blague. En fait , il y a une chanson qu’il y a sur mon E.P où avec Zoxea on se clashe avec Wesley Snipes, moi je suis Bruce Willis et lui c’est Wesley Snipes.

New-York ou Paris ? Ah dur…Paris parce que je peut pas vivre ailleurs qu’à Paris mais je peut pas non plus passer trop de temps sans aller à New-York. Si je devais choisir entre les deux vraiment, je pense que ce serait Paris parce que c’est ma vie.

Bagel ou baguette ? Baguette

Converse ou Addidas ? Adidas

«The Midnight EP» ou «The Last EP» Je sais pas. Non tu peut pas me demander ça car c’est deux Moi.

16– La prochaine étape pour Midnight Run ?

C’est pas mal de scène, je défend un projet avec passion, peut-être un autre clip, voila on continue à bosser et puis je continue à faire la musique aussi et puis on verra où ça nous porte.

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